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{forme correcte} Forme correcte
{forme fautive} Forme fautive
{exemple} Exemple

Rédaction scientifique > Questions techniques

La présente page propose divers moyens de nature principalement technique pour écrire des textes clairs et précis. Elle fournit aussi des techniques permettant d'étoffer des textes et attire l'attention sur certaines formulations pouvant causer problème. Ces moyens ne s'appliquent évidemment pas à tous les sujets; ils permettent cependant de montrer dans quel esprit on peut aborder la rédaction.

Débuts de sections, de paragraphes et de phrases

Déterminants démonstratifs : On doit éviter d'utiliser des substantifs précédés de déterminants démonstratifs au début d'une section ou d'un paragraphe et souvent même au début d'une phrase, et ce, même si les mots qu'ils remplacent font partie du titre de la section. Il convient toutefois d'éviter de répéter immédiatement les mots du titre au début du paragraphe. Une phrase doit être claire et compréhensible même en l'absence du titre. Les déterminants démonstratifs ont leur place seulement lorsque la phrase précédente identifie clairement de qui ou de quoi il est question.

{forme correcte} [Titre] Piano | [Texte] On a écrit au cours du XIXe siècle un nombre considérable d'œuvres pour le piano.
{forme fautive} [Titre] Piano | [Texte] On a écrit au cours du XIXe siècle un nombre considérable d'œuvres pour cet instrument.

{forme correcte} [Titre] Frédéric Chopin | [Texte] L'un des plus grands compositeurs de musique pour piano est Frédéric Chopin.
{forme fautive} [Titre] Frédéric Chopin | [Texte] Frédéric Chopin est l'un des plus grands compositeurs de musique pour piano.

Comme la phrase initiale d'un paragraphe est susceptible d'être déplacée en cours de rédaction, il est essentiel de revoir systématiquement tous les débuts de paragraphes et de remplacer les déterminants démonstratifs par les formes complètes.

Pronoms adverbiaux et personnels : On doit éviter d'utiliser les pronoms adverbiaux y et en ainsi que les pronoms personnels au début des paragraphes, car la phrase initiale ne pourra pas être comprise en elle-même à moins de revenir au paragraphe précédent.

{forme correcte} On trouve dans les œuvres de Claude Debussy plusieurs exemples d'utilisation de la gamme par tons.
{forme fautive} On y trouve plusieurs exemples d'utilisation de la gamme par tons.

{forme correcte} L'harmonie et la texture du prélude sont simplifiés.
{forme fautive} L'harmonie et la texture en sont simplifiées.

{forme correcte} Richard Wagner est le créateur du drame musical.
{forme fautive} Il est le créateur du drame musical.

Corps du texte

Caractère complet et indépendant des phrases : Un texte bien écrit se compose de phrases entièrement compréhensibles en elles-mêmes à chaque moment de la lecture. Tous les éléments nécessaires à la compréhension d'une phrase donnée doivent donc déjà avoir été livrés avant le point, de sorte qu'on n'a pas besoin de lire plus loin pour qu'elle soit claire. On doit satisfaire la curiosité du lecteur aussitôt après l'avoir piquée; une explication à laquelle on s'attend ne doit donc pas attendre une phrase subséquente.

{forme correcte} Le compositeur utilise le motif dans quatre des six pièces du groupe (nos 1, 2, 5, 6).
{forme fautive} Le motif se retrouve dans quatre des pièces du groupe. Le compositeur l'utilise dans les pièces nos 1, 2, 5 et 6. {On découvre dans la deuxième phrase que le groupe se compose d'au moins six pièces. De plus, les numéros des pièces doivent être fournis dès qu'on mentionne leur nombre. Enfin, le tout peut se dire en une phrase plutôt que deux.}

Accessibilité : À une époque où l'on valorise tant la pluridisciplinarité, il est essentiel qu'un texte, dans la mesure du possible, soit rédigé de manière à être compris par des lecteurs qui ne sont pas des spécialistes du sujet. Un auteur a, vis-à-vis de ses lecteurs, la responsabilité morale de s'exprimer de façon claire et compréhensible; dans le cas contraire, il ne communique pas avec efficacité et a perdu donc son temps. Chercher à impressionner son lecteur (ou ses pairs au détriment des lecteurs), p. ex. en écrivant des phrases interminables exigeant trois lectures ou en se servant d'un jargon obscur, constitue une insulte au lecteur.

Contenu et longueur des paragraphes : Un paragraphe ne devrait exposer qu'une seule idée. La première phrase contient l'idée principale, et le reste du paragraphe la développe au moyen des techniques suivantes :

Les paragraphes contenant à peine plus qu'une phrase, comme c'est souvent le cas dans les journaux (où l'on trouve trop souvent des phrases incomplètes), ne conviennent pas à la rédaction savante. Il est impossible de remplir les exigences énoncées plus haut au moyen de ce qu'un auteur anglophone inspiré a appelé un sentagraph (sentence + paragraph). Ce genre de phrase peut donner l'impression que l'auteur a eu une idée mais n'a pas réussi à la développer. De plus, même s'il est illusoire de chercher à écrire des paragraphes d'égale longueur, un certain équilibre reste souhaitable. En règle générale, il devrait y avoir au moins un alinéa par page à double interligne, mais pas plus de deux ou trois.

Transitions et marqueurs de relations : On trouvera une longue liste, ordonnée par catégories, de mots ou d'expressions permettant de passer souplement d'une idée à une autre ({exemple} en ce qui a trait à, d'ailleurs, dans cette perspective, etc.) dans Malo 1996, 287-97.

Lien entre le sujet et la phrase précédente : Par souci de clarté, on ne doit pas utiliser un pronom pour remplacer un nom si la phrase précédente possède un sujet différent.

{forme correcte} La table des matières {sujet de la première phrase} consiste en une liste des titres des chapitres et des autres subdivisions d'un ouvrage. On n'indique que la page initiale {sujet de la deuxième phrase} de chacune des sections et non la page initiale et la page finale. Selon la tradition française, la table des matières {rappel du sujet de la première phrase} est placée à la fin d'un livre et non près du début, comme c'est le cas dans la tradition anglaise.

{forme fautive} La table des matières consiste en une liste des titres des chapitres et des autres subdivisions d'un ouvrage. On n'indique que la page initiale de chacune des sections et non la page initiale et la page finale. Selon la tradition française, elle {désigne la page initiale plutôt que la table des matières, véritable sujet de la phrase} est placée à la fin d'un livre et non près du début, comme c'est le cas dans la tradition anglaise.

Références à soi-même (je, nous de modestie)  : Malgré ses nombreuses années de service, le nous de modestie ne devrait être utilisé que dans de rares cas, p. ex. lorsqu'on veut faire référence en même temps à soi-même et au lecteur ou encore au monde de la musique dans son ensemble. On devrait l'éviter lorsqu'il s'agit de parler uniquement de soi.

{exemple} Nous verrons ensuite comment on peut regrouper en familles les leitmotive des drames musicaux de Wagner.
{exemple} Nous en savons encore très peu sur l'œuvre immense de Sorabji.

Si l'on tient vraiment à utiliser le nous de modestie, on doit faire l'accord de l'adjectif ou du participe au singulier et non au pluriel.

{forme correcte} Nous sommes persuadée qu'il s'agit là d'une découverte importante.
{forme fautive} Nous sommes persuadées qu'il s'agit là d'une découverte importante.

On peut se servir des formes impersonnelles si l'on se sent mal à l'aise avec le je, qui convient cependant très bien aux avant-propos et aux remerciements, où il est clair que c'est l'auteur qui parle.

{exemple} J'ai préféré accorder plus d'importance aux faits qu'aux interprétations.
{exemple} J'aimerais enfin remercier les collègues suivants qui m'ont apporté une aide précieuse dans mes recherches.

Références à un auteur : Il est généralement préférable d'identifier clairement l'auteur et la source des propos que l'on reprend plutôt que de seulement citer ou paraphraser pour ensuite (idéalement) fournir la source en note.

{exemple} Comme l'écrivait Busoni dans son essai sur la valeur de la transcription, « toute notation est en elle-même la transcription d'une idée abstraite ».

Références à un compositeur : Dans des textes de nature analytique, il est bon de nommer le compositeur de temps à autre, particulièrement en commençant un paragraphe. Ceci permet de personnaliser le texte et de lui donner plus de vie qu'une description sèche. On évite ainsi d'accumuler les phrases faisant référence uniquement à des procédés techniques.

{forme correcte} Schoenberg utilise un motif composé de deux tierces comme élément générateur de la passacaille [dans « Nacht », extr. de Pierrot lunaire, op. 21].
{forme fautive} La pièce utilise un motif composé de deux tierces comme élément générateur de la passacaille.

Utilisation des noms et des prénoms : Un domaine comme la musique, où l'on utilise quantité de nomsdans diverses langues, oblige à connaître bien des subtilités pour les intégrer d'une façon correcte. Plusieurs prénoms ont aussi des particularités qu'on ne peut ignorer.

Énumérations : L'ordre des éléments d'une énumération devrait toujours être clair : ordre alphabétique, chronologique, de grandeur, d'importance, etc. On ne doit jamais avoir l'impression que les éléments ont été disposés au hasard.

{exemple} Les opéras de Pfitzner, de Schreker et de Zemlinsky [ordre alphabétique].
{exemple} Les opéras de Donizetti, de Bellini et de Verdi [ordre chronologique].
{exemple} La section suivante aborde trois sujets : le motif, la phrase et la période [ordre de grandeur].

Juxtaposition de passages entre guillemets : Deux citations, qu'elles soient du même auteur ou d'auteurs différents, ne devraient jamais se suivre sans qu'il n'y ait une intervention de l'auteur. Ceci permet d'éviter de donner l'impression d'une mosaïque de phrases pigées ici et là. D'ailleurs, une citation ne devrait jamais être « plaquée » dans un texte comme si l'on ne faisait que passer la parole à un autre et ainsi renoncer à faire son travail.

Années de publication des textes cités : Lorsqu'on cite les propos d'un auteur, il est souvent utile de fournir dans le texte l'année de publication, voire le titre de la source en question à moins qu'elle ne soit donnée en note; une simple référence au volume et à la page dans l'édition complète des écrits ne suffit pas.

{exemple} Dans son essai Drei Operndichtungen nebst einer Mittheilung an seine Freunde (1852), Wagner explique qu'il ne pouvait faire autrement qu'abolir graduellement et entièrement les formes lyriques traditionnelles.

Il est préférable de placer l'année de publication tout de suite après le titre de l'ouvrage et non à un endroit ultérieur qui pourrait suggérer que la date s'applique à l'auteur, comme dans l'exemple suivant.

{forme correcte} Le livret est une adaptation du roman éponyme (1905) de l'auteur.
{forme fautive} Le livret est une adaptation du roman éponyme de l'auteur (1905).

Souci de précision : Il est souhaitable d'éviter les références vagues et de favoriser la précision en ajoutant les mots permettant de comprendre le contexte ou de savoir de qui ou de quoi il est question. L'exemple suivant, qui pourrait dater du début des années 1990, pourrait être moins clair 50 ans plus tard.

{forme correcte} La réunification allemande en 1990 a eu de nombreuses conséquences sur la vie musicale de Berlin.
{forme fautive} Les récents bouleversements politiques en Allemagne ont eu de nombreuses conséquences sur la vie musicale de Berlin.

{forme correcte} Plusieurs auteurs — comme Robert Bailey, John Deathridge et Curt von Westernhagen — se sont intéressés aux esquisses des drames musicaux de Wagner.
{forme fautive} Plusieurs auteurs se sont intéressés aux esquisses des drames musicaux de Wagner.

Techniques permettant d'étoffer un texte

Anticipation des questions du lecteur : Un texte bien construit fournit, en les anticipant, une réponse aux questions du lecteur. On devrait chercher à répondre aux cinq questions qui, en anglais, commencent par un w : who, what, where, when, why? (qui, quoi, où, quand, pourquoi?). Il faut s'assurer qu'une phrase ne suscite pas une interrogation dont la réponse se trouvera dans la phrase suivante ou, pire, quelques phrases plus loin. Ce type de rédaction demande de l'expérience, mais est garant d'un texte qui n'indisposera pas le lecteur en le forçant à perdre du temps pour trouver l'explication recherchée.

{forme correcte} Le compositeur s'était fait écorcher par plusieurs critiques lors de la désastreuse première de son opéra X, donnée à Berlin en 1912. Il s'est souvenu longtemps avec amertume de cette expérience, qui l'avait amené à écrire dès le lendemain une lettre ouverte; sa productivité en a d'ailleurs souffert jusqu'en 1920.
{forme fautive} Le compositeur s'était fait écorcher par plusieurs critiques et avait rapidement réagi en écrivant une lettre ouverte. La première désastreuse de l'opéra X, donnée à Berlin en 1912, a d'ailleurs affecté sa productivité pendant plusieurs années. {En lisant la première phrase, on se demande de quelle œuvre il est question et dans quel contexte le compositeur a été écorché, ce qu'on apprend dans la deuxième phrase. De plus, on ne précise pas jusqu'à quand sa productivité a été affectée.}

Utilisation des sources : Les écrits et la correspondance des compositeurs et de leurs contemporains (membres de leur entourage, ennemis, critiques, etc.) fournissent toujours quantité de renseignements et de jugements permettant de donner de la vie à un texte et de documenter avec précision la réception d'une personnalité ou d'une œuvre.

Mise en contexte d'une œuvre : Le lecteur aimera toujours pouvoir lire une brève description de l'intrigue d'un opéra mentionné dans le texte ou à tout le moins une mise en contexte, particulièrement lorsqu'il s'agit d'une œuvre peu connue.

{exemple} Dans Jonny spielt auf (1927), opéra d'actualité tournant autour du vol de l'instrument du violoniste virtuose Daniello par le jazzman Jonny, Krenek fait souvent appel à un style de jazz.

Liens avec des personnalités et des œuvres apparentées : De manière à ajouter des références culturelles, on peut mentionner que tel ou tel autre compositeur, peintre ou écrivain habitait dans la même rue que la personne dont il est question, est né dans la même ville ou la même région, a étudié avec le même professeur ou dans le même établissement, partageait certains goûts ou amis, etc. On peut aussi faire référence à des mises en musique d'un même texte (mélodie ou opéra) par d'autres compositeurs, à des transcriptions par le compositeur ou par une autre personne.

Liens avec événements extérieurs au sujet : Plutôt que de simplement mentionner la date d'une lettre ou d'une œuvre, on peut chercher à préciser son contexte en faisant un lien avec un événement biographique, politique ou historique ou avec la composition d'une œuvre.

Explications relatives à des sources peu connues : Les lecteurs seront souvent heureux de trouver dans un texte des explications que l'on ne trouve nulle part ailleurs ou encore la source exacte d'une anecdote, d'une idée ou d'un bon mot souvent repris mais que personne ne prend la peine de préciser. Il arrive souvent en musicologie que l'on doive consacrer beaucoup de temps à apporter une réponse à des questions de détails.

Identification des personnes peu connues : À moins que le contexte ne rende ce genre de précision peu pertinent, il est essentiel de fournir assez d'éléments d'information pour situer une personne inconnue du public. La chose est particulièrement utile lorsqu'on cite des propos qui pourraient surprendre, comme c'est le cas dans le deuxième exemple.

{exemple} Kaikhosru Shapurji Sorabji, à qui l'on doit le gigantesque Opus clavicembalisticum (252 pages), a aussi écrit des œuvres plus accessibles.
{exemple} Claude Dupont, professeur d'histoire de la musique à l'Université de la Terre de Baffin, affirme que Wagner serait l'auteur de plus de 50 symphonies.

Repères chronologiques : Particulièrement dans un texte de nature biographique, on peut offrir assez régulièrement des repères précis comme l'année où se déroule un événement ou l'âge de la personne. Ceci permet à une personne qui parcourt rapidement un texte, et plus particulièrement un long ouvrage, de ne pas avoir à chercher dans les pages précédentes un indice (trop souvent vague) lui permettant de se situer. On évitera donc des formules du genre deux ans plus tard ou pendant cette période qui forcent le lecteur à perdre du temps.

{forme correcte} C'est le 2 juin 1921 que Sorabji créa à Paris ses Trois poèmes avec Marthe Martine lors d'un concert de la Société musicale indépendante.
{forme fautive} C'est au printemps suivant que Sorabji créa à Paris ses Trois poèmes avec Marthe Martine lors d'un concert de la Société musicale indépendante.

{forme correcte} La composition du Doktor Faust a occupé Busoni entre 1916 et 1923.
{forme fautive} La composition du Doktor Faust a occupé Busoni pendant plusieurs années.

Présentation des œuvres : De manière à placer les œuvres mentionnées dans un contexte, on peut fournir quelques informations comme le contexte de composition, le lieu et la date de la première exécution de même que les artistes impliqués, l'importance de l'œuvre dans l'histoire ou le genre, etc.

{exemple} L'opéra Königskinder de Humperdinck, créé au Metropolitan Opera le 28 décembre 1910, a d'abord existé sous la forme d'un mélodrame.
{exemple} La création à Berlin de Wozzeck de Berg, l'un des opéras majeurs du XXe siècle, a exigé 137 répétitions.

Expressions peu courantes : On peut donner quelques explications sur l'origine d'expressions ou de désignations au sujet desquelles le lecteur pourrait se poser des questions.

Élaboration d'une citation : Il est toujours utile d'expliquer un passage d'une citation qui ne semble pas clair ou fait référence à des données que le lecteur'est peu susceptible de connaître. D'ailleurs, une technique de base en édition de lettres est de préciser ce sur quoi l'auteur n'a pas élaboré parce que son correspondant savait de quoi il était question.

Références à des enregistrements et partitions rares : Dans le cas d'œuvres dont les enregistrements sont très rares ou dont il n'existe qu'une seule version ou encore de partitions difficilement accessibles, on peut fournir des références précises qui éviteront au lecteur de nombreuses recherches. On doit faire profiter le lecteur des recherches que l'on a faites.

Types de rédaction à éviter

Personnalisation des instruments : Rendre un texte attrayant en animant les instruments peut convenir à un jeune public, mais n'a pas sa place en rédaction sérieuse.

{forme fautive} Les altos cherchent à interrompre avec leur thème, mais les bois ne se laissent pas impressionner et continuent à bavarder entre eux. À la fin, les cuivres mettent un point à la discussion en enterrant tout le monde et en ramenant l'ordre.

Description pittoresque ou sentimentale : Il est facile de tomber dans la mièvrerie en cherchant constamment les images. De plus, il est facile d'exagérer et de tomber dans la fiction en voulant tout expliquer en fonction d'éléments biographiques, p. ex. maladies des compositeurs, difficultés sentimentales, approche de la mort, sentiment de résignation.

{forme fautive} Un rayon de lumière se fait voir au moment où approche la cadence finale.

Biographie romancée : Les textes qui mettent dans la bouche d'un compositeur ou d'un musicien des déclarations imaginées par l'auteur pour justifier ses propos ont peu à voir avec la rédaction sérieuse.

Description programmatique d'œuvres de musique absolue : Un texte sérieux sur la musique ne cherche pas à tout traduire en images comme s'il s'agissait de faire un film.

{forme fautive} Cette œuvre de Bach, qui évoque les processions royales de l'époque, ...

Utilisation de concepts chers à une époque passée (destin, fatalité, etc.) : Le type de rédaction faisant sans cesse référence à des concepts comme le destin ou la fatalité, dont Beethoven a été particulièrement victime depuis sa mort, n'a plus vraiment sa place aujourd'hui.

Description mécanique : Un texte qui fait le catalogue de l'apparition des thèmes, des changements de mesure, des modulations. etc., n'explique en aucune façon ce qui donne unité et cohérence à l'œuvre et ce qui la rend différente des autres œuvres du même type. Il est nécessaire d'aller plus loin pour susciter l'intérêt du lecteur.

Langage analytique anachronique : On doit éviter de forcer une œuvre dans un moule d'une autre époque, p. ex. une analyse tonale d'un motet du XIIIe siècle ou d'une œuvre aléatoire du XXe siècle.

Problèmes divers

Manque de neutralité dans l'expression : Sauf si le contexte exige une expression forte et imagée des idées, il peut être préférable, du moins en rédaction savante, d'utiliser des formulations neutres dépourvues de subjectivité.

{forme correcte} Le compositeur est devenu alcoolique à l'âge de 35 ans.
{forme fautive} Le compositeur a sombré dans l'alcoolisme à l'âge de 35 ans.

De la même façon, il n'est pas essentiel de montrer à quel point l'on regrette la mort prématurée d'une personne; la chose va de soi, et ce, même s'il s'agit de personnes décédées dans un passé encore assez récent.

{forme correcte} Schubert, même s'il est mort à l'âge de 31 ans, a composé plus de 600 lieder.
{forme fautive} Schubert, même s'il est malheureusement mort à l'âge de 31 ans, a composé plus de 600 lieder.

{forme correcte} Reger a consacré une importante partie de sa brève carrière à l'arrangement.
{forme fautive} Reger a consacré une importante partie de sa trop brève carrière à l'arrangement.

Généralisations : Il vaut mieux éviter de généraliser la typicité d'une caractéristique technique chez un compositeur. En d'autres mots, on doit distinguer ce qui frappe l'imagination de ce qui est statistiquement représentatif. Par exemple, la présence dans l'œuvre de Webern de 3 séries symétriques (sur un total de 31) ne veut pas dire que la « série typique » chez lui possède ces caractéristiques.

Phrases incomplètes : Les phrases incomplètes, comme on en trouve souvent en création littéraire (ou dans les journaux), n'ont pas leur place en rédaction savante, où elles peuvent enlever de la crédibilité à l'auteur. Le même commentaire s'applique aux paragraphes incomplets.

{forme correcte} Il exprimait trop souvent ses opinions d'une façon très crue, même lorsque la chose pouvait nuire au soutien qu'il recevait de ses mécènes.
{forme fautive} Il exprimait trop souvent ses opinions d'une façon très crue. Même lorsque la chose pouvait nuire au soutien qu'il recevait de ses mécènes.

Périphrases : Il est toujours souhaitable d'utiliser des formulations concises, car les périphrases et expressions inutilement complexes, en plus de prendre de l'espace, n'apportent rien au lecteur et tendent à rendre un texte prétentieux. Elles n'impressionnent pas du tout les lecteurs qui évaluent des travaux dont le contenu est mince.

{forme correcte} Il avait réussi à compléter sa fugue rapidement.
{forme fautive} Il avait réussi à compléter sa fugue dans un laps de temps très court.

Superlatifs : Comme le monde des media, celui de la musique est trop souvent porté à la surenchère. La rédaction savante s'accommode mal des superlatifs, qui sont trop souvent inappropriés, voire exagérés, et peuvent donner l'impression d'un manque de jugement. Ainsi, les mots ou expressions génie, icône, idole, incontournable, légende (ou légende vivante, expression particulièrement courante dans le monde du jazz), monstre sacré, star (souvent internationale, mondiale ou planétaire) et vedette devraient être utilisés seulement lorsqu'ils sont vraiment appropriés; la même chose vaut pour les mots fétiche (souvent utilisé dans l'expression œuvre fétiche) et mythique. Les adjectifs comme extraordinaire, fabuleux, génial, indicible, remarquable et sublime devraient aussi être utilisés avec parcimonie. Des termes plus susceptibles de refléter la réalité sont généralement beaucoup plus appropriés. De la même façon, il vaut mieux éviter les mots trop souvent utilisés, particulièrement dans les médias, comme coup de cœur et clin d'œil.

{forme correcte} de nombreuses pièces pour piano
{forme fautive} un nombre effarant (ou extraordinaire) de pièces pour piano

{forme correcte} un professeur bien connu
{forme fautive} un célèbre professeur

{forme correcte} de nombreux interprètes
{forme fautive} une myriade d'interprètes

{forme correcte} un romantisme prononcé
{forme fautive} un romantisme exarcerbé

Références anonymes : Il est essentiel d'identifier clairement les personnes dont on rapporte les propos ou auxquelles on attribue des idées, et non se servir de formulations imprécises du genre certains prétendent que. Il faut appuyer ses affirmations par des références.

Supposition d'évidence : Les expressions comme on n'est pas sans savoir, on n'ignore pas que, tout le monde sait, etc., peuvent être perçues comme un manque de respect à l'égard du lecteur qui ne sait pas et devraient être évitées, particulièrement dans des conférences, où les gens viennent pour apprendre.

Précautions rédactionnelles

Indications de nationalité et rectitude politique : Toute rédaction soignée doit porter une attention particulière à décrire correctement l'origine nationale et à tenir compte de divers particularismes.

Rédaction épicène : On s'attend aujourd'hui à ce que la rédaction se fasse dans une langue non sexiste et inclusive. Le site de l'Office québécois de la langue française propose plusieurs articles sur le sujet sous Féminisation et rédaction épicène; voir aussi le Guide de rédaction non sexiste de l'AQOCI (Association québécoise des organismes de coopération internationale).

Mots délicats : Il peut être préférable d'utiliser des guillemets lorsqu'on doit utiliser un vocabulaire associé à un contexte précis mais qui peut répugner, comme celui de l'Allemagne nazie, de façon à montrer que l'on ne cautionne pas ce qu'ils impliquent : dégénéré, enjuivé, purification, question juive, race, solution finale.

Références et notes en bas de page ou en fin de chapitre ou d'ouvrage

Ordre des références : On devrait éviter de faire une première référence à un ouvrage (donc au moyen d'une note donnant la notice complète) pour indiquer la source d'une simple citation pour ensuite devoir fournir une référence abrégée dans une note subséquente à un endroit où l'ouvrage fait l'objet d'une présentation dans le texte. La référence complète devrait se trouver à l'endroit le plus logique plutôt qu'être associée à un élément de peu d'importance.

Indépendance par rapport au texte : Les notes en bas de page — et à plus forte raison les notes en fin de chapitre ou d'ouvrage — doivent être rédigées de façon à pouvoir être comprises sans faire référence au texte. Elles pourront ainsi être lues comme s'il s'agissait d'une section indépendante du texte. Les notes doivent reprendre les mots permettant une identification de manière à éviter d'aller au texte pour les comprendre parfaitement.

{forme correcte} [Note] Le manuscrit du Prelude, Interlude and Fugue [de Sorabji] n'a pas encore été retrouvé.
{forme fautive} [Note] Le manuscrit [de l'œuvre] n'a pas encore été retrouvé.

Une note ne doit pas contenir simplement une partie de phrase qui devrait faire partie du texte, à plus forte raison lorsqu'il ne s'agit pas d'une phrase complète mais d'une proposition qui s'en détache.

{forme correcte} [Texte] Le concert donné par le grand violoniste hongrois a eu beaucoup de succès, ce pourquoi on l'a invité à se produire à nouveau lors de la prochaine saison.
{forme fautive} [Texte] Le concert donné par le grand violoniste hongrois a eu beaucoup de succès. [Note] Ce pourquoi on l'a invité à se produire à nouveau lors de la prochaine saison.

{forme correcte} [Texte] C'est pour cette raison que j'offre aujourd'hui une traduction de mon ouvrage, paru à l'origine en allemand dans une collection aujourd'hui épuisée.
{forme fautive} [Texte] C'est pour cette raison que j'offre aujourd'hui une traduction de mon ouvrage. [Note] Paru à l'origine en allemand dans une collection aujourd'hui épuisée.

Il est donc essentiel d'écrire dans le texte tout ce qui mérite d'être lu et de ne pas couper le fil de la lecture pour une simple mention ou une référence peu ou pas essentielle. Le temps qu'un lecteur doit passer à alterner entre le texte et les notes doit valoir la peine. Les notes doivent servir à fournir des éléments d'information qui viendraient vraiment interrompre le discours.

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Date de dernière modification : 2019-09-09
© Marc-André Roberge 2019
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Faculté de musique, Université Laval, Québec